Avis

RSE | Engagement des entreprises pour leurs salariés aidants

Aujourd’hui en France, 11 millions de personnes apportent de l’aide à un proche en perte d’autonomie. Au regard du vieillissement de la population, une part de plus en plus grande de la population est concernée par ce statut. Mais surtout, plus d’un aidant sur deux est salarié.

Publié le : 16/03/2022

Temps de lecture

9 minutes

Les entreprises ont donc un rôle crucial à jouer dans le soutien à ces salariés aidants, qui constitue dès maintenant un défi majeur. Or, l’utilisation des congés et des prestations sociales pour les situations « d’aidance » est limitée : les dispositifs sont encore peu connus, les démarches apparaissent complexes, peu accessibles et surtout, les aidants se reconnaissent peu comme tels. Bien-être au travail, non-discrimination, égalité… l’engagement auprès des salariés aidants doit s’inscrire pleinement dans les démarches RSE des entreprises. Pour mieux sensibiliser et communiquer, la Plateforme RSE formule 24 recommandations adressées au gouvernement, aux entreprises, aux partenaires sociaux et aux fédérations professionnelles.

La stratégie nationale Agir pour les aidants 2020-2022 prévoit d’agir pour que ce sujet s’inscrive au cœur des critères de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) : C’est dans ce cadre que Brigitte Bourguignon, ministre déléguée chargée de l’Autonomie, Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, et Olivia Grégoire, secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable ont saisi la Plateforme RSE.

Des enjeux financiers, personnels, professionnels pour les salariés aidants

Le premier défi auquel font face les aidants est financier : en plus d’une perte de revenu, les dépenses de ces personnes en soins médicaux peuvent être conséquentes. Aussi, la charge mentale des aidants est très importante et de plus en plus déclarent percevoir davantage les effets négatifs de ce rôle sur leur vie privée. Stresse, fatigue et perte de productivité : le statut d’aidant pèse sur la vie professionnelle.

Comment offrir aux salariés aidants un accompagnement répondant à leurs besoins ?

De nombreuses bonnes pratiques existent pour accompagner les salariés aidants. En plus d’instaurer une culture de bienveillance, l’entreprise doit mettre en place des outils pour identifier les besoins de ses salariés aidants et ajuster les réponses apportées (adresser des questionnaires à ses salariés, apporter un soutien financier, faciliter l’accès à l’information utile, permettre une flexibilité dans la gestion des horaires…). Ensuite, des actions peuvent être pensées pour prévenir l’épuisement du salarié aidant comme faciliter un diagnostic santé lors de la visite médicale. Pour lutter contre l’isolement, l’entreprises peut mettre en relations les aidants sous forme de réseau et d’échange de bonnes pratiques. La santé du salarié aidant doit aussi être préservée en lui assurant des moments de répit et en facilitant la prise de congé. Il faut aussi considérer le salarié aidant comme un atout avec des ressources et des compétences spécifiques comme des soft skills telles que les aptitudes organisationnelles, prise de responsabilités, résilience…

24 recommandations pour mieux communiquer, sensibiliser et accompagner

La Plateforme RSE recommande au gouvernement de porter ce défi au niveau européen, de mener une évaluation des politiques publiques visant les aidants afin de suivre les avancées du dialogue social ou encore de faciliter la vie des salariés aidants en renforçant l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie et son accessibilité. En matière de sensibilisation et de communication, la Plateforme RSE recommande aux entreprises de créer les conditions de l’expression par les salariés et de communiquer régulièrement en interne sur les dispositifs existants. En matière d’accompagnement, il est essentiel de proposer des programmes de soutien en interne, de permettre une flexibilité dans l’organisation du temps de travail tout en valorisant les compétences acquises par le salarié aidant. En termes de reporting extra-financier, sont préconisées l’utilisation d’indicateurs pertinents, qui pourront être renseignés sur la plateforme impact.gouv.fr, et la mise en avant des mesures prises en faveur des salariés aidants.

Enfin, la Plateforme RSE recommande aux partenaires sociaux et aux fédérations professionnelles d’engager le dialogue sur la prise en compte des salariés aidants, de sensibiliser leurs parties prenantes, de faciliter la prise de congés mais également d’élaborer des outils pour identifier les enjeux et les intégrer dans les démarches RSE.

Les opinions exprimées dans ces documents engagent leurs auteurs 
et n'ont pas vocation à refléter la position du gouvernement.

Infographie "Les salariés aidants"

Salariés aidants : les femmes en première ligne

Avec le vieillissement de la population, la hausse des maladies chroniques et l’allongement du temps de travail, les salariés qui sont aidants sont de plus en plus jeunes et toujours plus nombreux. Nombreuses surtout.

  • La France compte 11 millions d’aidants (source : baromètre BVA / Fondation April).
  • 2/3 des aidants familiaux de personnes âgées dépendantes sont des femmes (source : HAS).
  • ¾ des aidants y consacrent plus de deux heure par semaine (source : Share).
  • L’âge moyen d’entrée dans l’aidance est de 39 ans, contre 60 il y a encore quelques années (source : Ocirp-Viavoice).
  • Plus d’un aidant sur six consacre plus de vingt heures par semaine pour aider son ou ses proches (source : Observatoire des salariés aidants de Malakoff Humanis).
  • Plus de 50 % des aidants sont des salariés (source : Ocirp-Viavoice).
  • 1 actif sur 4 sera proche aidant en 2030 (source : Ocirp-Viavoice).

Le coût de la salariance : résultat d’un « impensé »

Si la question du statut de salarié aidant émerge, à la faveur notamment de la stratégie nationale « Agir pour les aidants 2020-2022 », elle reste encore largement impensée tant par les aidants eux-mêmes que par les entreprises. Avec à la clé un coût considérable.

Déficit d’auto-reconnaissance :

  • Plus de 1/3 des aidants n’ont jamais entendu parler de ce statut.
  • 26 % seulement des salariés aidants ont informé leur employeur de leur situation (source : Ocirp)

Faible recours aux aides existantes :

  • Un an après l’ouverture des droits à l’AJPA, seules 4 500 personnes en avaient fait la demande auprès de leur Caf.

Entre perte de revenu, difficulté de conciliation, isolement et charge mentale, cette situation de salariance « impensée » fragilise les aidants.

  • 54 % des salariés aidants se disent épuisés (source : Malakoff Humanis).
  • 31 % déclarent des baisses de vigilance et d’attention liées à leur situation (source : Malakoff Humanis).
  • 49 % se disent stressés soit 10 points de plus que les autres salariés (source : Malakoff Humanis).

Absences non prévues, désorganisation des équipes, congés… une mauvaise prise en charge des salariés aidants représente un coût pour les entreprises en termes de productivité.

  • 1 500 € c’est le coût annuel des aidants pour les entreprises dans les pays anglo-saxons selon des estimations récentes.
  • 69 % de gains de productivité déclarés par les entreprises qui ont mis en place des dispositifs d’accompagnement des aidants [source : étude Suporting Working Carers (2013)].

« L’engagement auprès des salariés aidants est un enjeu de RSE »

L’égalité femmes-hommes, la non-discrimination, l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle, le handicap, la qualité de vie et la santé au travail relèvent des responsabilités sociétales de l’entreprise. Et ce sont justement sur ces problématiques que butent les salariés aidants. Au-delà des aides financières, elles et ils demandent notamment une reconnaissance de leur double charge, de la bienveillance, un aménagement de leur temps de travail, ou encore plus de flexibilité.

Après auditions des associations, de partenaires sociaux et d’experts, de chercheurs, des entreprises déjà engagées auprès de leurs salariés aidants, la Plateforme RSE recommande donc de :

  • Mobiliser tous les acteurs et parties prenantes internes et externes à l’entreprise : dirigeants, managers, collègues, ressources humaines, médecine du travail, assistance sociale, branches professionnelles, associations sur le territoire.
  • Instaurer une culture de la bienveillance pour libérer la parole, favoriser la communication et l’accès à l’information, sensibiliser et faire connaître les dispositifs existants.
  • Identifier les besoins des salariés aidants et y répondre, les accompagner financièrement, favoriser une flexibilité horaire et organisationnelle.
  • Prévenir l’épuisement des salariés aidants, proposer des diagnostics santé, développer des solutions de répit et des réseaux de pairs pour lutter contre l’isolement.
  • Reconnaître et valoriser les compétences acquises par les aidants : organisation, efficacité, résilience, écoute, responsabilité.
  • Mesurer et valoriser les engagements des entreprises auprès des aidants et leur contribution aux ODD, rendre compte des bonnes pratiques dans le reporting extrafinancier et s’engager dans une démarche de labellisation comme le label Cap’Handéo « Entreprises engagées auprès de ses salariés aidants » ou le prix « Entreprise & salariés aidants ».

NB : De nombreux sondages ou enquêtes en matière d’aidance (Baromètre BVA / Fondation April, étude Ocirp-Viavoice, etc.) existent, qui reposent sur des périmètres et des champs différents. Une vigilance devra donc être accordée lors de l’utilisation et de la comparaison de ces données, issues d’enquêtes de perception.

Téléchargement

RSE | Engagement des entreprises pour leurs salariés aidants

Citer ou exporter

Citer cette publication

Autres options d'export

Pour aller plus loin

Suivez-nous sur les réseaux sociaux et Abonnez-vous à notre lettre d’information